Pendant qu'Artemis II emmenait ses quatre astronautes vers la Lune ce 2 avril, le Pentagone observait. L'armée américaine voit dans la conquête lunaire une nouvelle frontière à sécuriser, avant même qu'un astronaute n'y pose à nouveau le pied.

Le lancement de la fusée Space Launch System (SLS) de la NASA, emportant le vaisseau spatial Orion avec à son bord les astronautes de la NASA Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch (spécialiste de mission) et Jeremy Hansen (spécialiste de mission de l'ASC) pour la mission Artemis II de la NASA, a eu lieu ce mercredi 1er avril 2026 depuis le bâtiment des opérations et du soutien II du Centre spatial Kennedy de la NASA, en Floride. B - ©NASA/Bill Ingalls
Le lancement de la fusée Space Launch System (SLS) de la NASA, emportant le vaisseau spatial Orion avec à son bord les astronautes de la NASA Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch (spécialiste de mission) et Jeremy Hansen (spécialiste de mission de l'ASC) pour la mission Artemis II de la NASA, a eu lieu ce mercredi 1er avril 2026 depuis le bâtiment des opérations et du soutien II du Centre spatial Kennedy de la NASA, en Floride. B - ©NASA/Bill Ingalls

Le Space Launch System a décollé du pad 39B à 00h35, heure de Paris, emmenant Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen pour le premier vol lunaire habité depuis 1972. Côté NASA, la mission est avant tout technique : valider la capsule Orion avec équipage, tester les systèmes de survie, s'entraîner aux futurs amarrages manuels.

Sur Terre, au Commandement spatial américain, le général Stephen Whiting a annoncé en février que ses équipes utiliseraient le trajet d'Artemis II comme entraînement réel à la surveillance cislunaire. « Dès que nous savons que quelque chose va aller sur la Lune, nous allons l'utiliser », a-t-il dit.

Personne ne surveille encore l'espace cislunaire

L'espace cislunaire, soit les 400 000 kilomètres qui séparent la Terre de la Lune, échappe largement aux capteurs militaires actuels, calibrés pour l'orbite géosynchrone à 36 000 km. Le général Chance Saltzman, chef des opérations spatiales, a admis ne pas savoir encore ce que l'armée doit concrètement protéger dans cette zone. « Est-ce qu'il y a de l'espace sur la Lune que nous devons protéger ? Je ne sais pas encore », a-t-il déclaré.

Pékin a posé un engin sur la face cachée de la Lune en 2019, une première mondiale. Depuis, la Chine a lancé plusieurs satellites en orbite cislunaire pour tester des capacités de navigation et de communication dans cette région. La Russie a placé des capteurs expérimentaux dans des orbites jugées « préoccupantes » par les responsables américains. En décembre dernier, Donald Trump a signé un décret ordonnant explicitement au gouvernement américain de garantir la capacité à détecter et contrer les menaces jusqu'à la Lune.

Le laboratoire de recherche de l'armée de l'air a développé Oracle-M, un satellite destiné à surveiller le trafic cislunaire depuis le point de Lagrange Terre-Lune, une zone de stabilité gravitationnelle à mi-chemin entre les deux astres. Un second appareil, Oracle-P, doit suivre avec des capteurs dédiés à la détection d'objets inconnus dans la région. Oracle-M était prévu pour décembre 2026 sur une fusée Vulcan de United Launch Alliance, mais la Vulcan a été immobilisée le 25 février après une anomalie sur un moteur à poudre lors du lancement USSF-87 du 12 février. L'investigation pourrait prendre plusieurs mois, selon la Force spatiale.

Des satellites-gendarmes plutôt que des Marine pour surveiller l'espace cislunaire

Thomas Ainsworth, secrétaire adjoint de l'armée de l'air chargé de l'acquisition spatiale, a annoncé en mars la création de postes dédiés aux capacités cislunaires au sein de la Force spatiale. Les premiers outils déployés seront des observateurs. Oracle-M opèrera au point de Lagrange Terre-Lune pour inventorier ce qui circule dans la zone, identifier les débris, cataloguer les satellites connus et inconnus.

Car il y a réellement de l'enjeu. Un rapport de la Mitre Corporation publié en 2025 alertait sur le risque de désintégration d'un satellite lunaire dont les fragments seraient impossibles à suivre depuis la Terre à cette distance, avec des conséquences potentielles sur des missions scientifiques entières et sur l'économie spatiale lunaire naissante.

Artemis II sera bientôt à 406 841 kilomètres de la Terre, soit 6 400 kilomètres au-delà du record établi par Apollo. À ce moment, la capsule passera derrière la face cachée de la Lune, coupée de tout contact radio pendant quelques dizaines de minutes. Oracle-M n'est pas encore en orbite.

Source : Ars Technica